Les discussions de l'UE avec les talibans sur les expulsions suscitent des critiques sur les droits et la normalisation
L'UE a discuté avec les talibans des expulsions d'Afghans, suscitant des critiques sur la normalisation du régime et les droits humains.
L'Union européenne s'est retrouvée au cœur d'un débat politique et humanitaire intense à la suite de discussions avec des représentants des talibans tenues cette semaine à Bruxelles. Officiellement, les deux parties ont discuté de questions migratoires, notamment la possibilité d'accélérer les expulsions d'Afghans n'ayant pas le droit de rester dans l'UE. Dans le même temps, des groupes de défense des droits humains et des activistes afghans affirment que le simple fait d'un tel contact pourrait équivaloir à une normalisation de facto d'un régime qui restreint systématiquement les droits des femmes.
Selon les données de l'UE, entre 2013 et 2024, les États membres ont reçu environ 1 million de demandes d'asile de citoyens afghans, dont environ 50 % ont été approuvées. Les Afghans restent l'un des plus grands groupes de demandeurs d'asile en Europe, malgré une baisse des demandes après 2022.
Lors des discussions de Bruxelles, des mécanismes possibles pour le retour des Afghans sans statut légal ont été discutés, ainsi que des personnes identifiées par l'UE comme des menaces potentielles pour la sécurité. Les critiques soulignent que la terminologie différente dans les documents officiels et les invitations diplomatiques crée un risque d'interprétations plus larges des politiques d'expulsion.
Parallèlement, le débat se déroule dans le contexte d'un durcissement significatif de la politique migratoire de l'UE. En juin 2026, le Parlement européen a adopté des mises à jour du Pacte sur la migration et l'asile, qui incluent des contrôles aux frontières plus stricts, des pouvoirs de détention élargis pour les migrants et des procédures de retour accélérées. Les organisations de défense des droits humains avertissent que cela pourrait affaiblir le principe d'évaluation individuelle des demandes d'asile, inscrit dans le droit international.
La situation en Afghanistan reste l'une des plus complexes. Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, les femmes et les filles ont effectivement perdu l'accès à l'enseignement secondaire et supérieur après environ 11 ans, ont été largement exclues du marché du travail et sont confrontées à de sévères restrictions dans la vie publique. Les groupes de défense des droits humains décrivent ces changements comme un recul systématique des droits et libertés fondamentaux.
Selon l'ONU, les Afghans déjà renvoyés dans le pays, y compris via les États voisins, ont souvent été victimes d'arrestations arbitraires, de torture et de mauvais traitements. La situation est encore aggravée par une crise humanitaire, avec environ 40 % de la population afghane souffrant d'insécurité alimentaire.
Les critiques des discussions de Bruxelles soulignent que même sans reconnaissance formelle des talibans, de tels contacts peuvent conduire à une légitimation de facto du régime. Une inquiétude particulière est soulevée quant à la possible reprise des procédures consulaires et à d'autres accords sur le retour des migrants, qui, selon les défenseurs des droits, remettent en question l'engagement déclaré de l'UE à protéger les droits humains.