Une exposition à Nice met en dialogue artistique Matisse et Yves Saint Laurent

L'exposition « Beauté, mode et bonheur » au Musée Matisse à Nice réunit environ 160 œuvres pour explorer le dialogue entre Henri Matisse et Yves Saint Laurent.
L'exposition intitulée « Beauté, mode et bonheur » est présentée jusqu'au 28 septembre au Musée Matisse. Elle rassemble environ 160 œuvres, allant des peintures et croquis aux robes de haute couture, bijoux et textiles. Selon le musée, l'idée est d'explorer comment Saint Laurent lisait Matisse, et comment la mode et le tissu ont pu jouer un rôle plus profond dans la pratique de Matisse qu'on ne le suppose souvent.
Les commissaires indiquent que le projet est né de recherches sur la relation du peintre avec la mode, mais aussi du traçage des références plus ou moins directes à Matisse dans les créations de Saint Laurent au fil des décennies. Pour Yves Saint Laurent, Matisse était décrit comme une sorte de « fantôme esthétique », une présence récurrente dans son imagination créative. Pierre Bergé et Saint Laurent possédaient eux-mêmes une collection importante d'œuvres et de livres de Matisse, ce que les commissaires présentent comme un dialogue continu plutôt qu'une inspiration ponctuelle.
Certaines connexions sont subtiles, presque ancrées dans la texture et le rythme. Les motifs des gouaches découpées de Matisse réapparaissent dans les motifs et les blocs de couleurs des robes de Saint Laurent, tandis que des compositions comme le tableau de 1937 « Robe violette et anémones » se retrouvent dans des vêtements ultérieurs, dont une cape de 1988 qui semble prolonger la peinture dans le tissu.
D'autres références sont plus directes. Un portrait de 1936 par Matisse a été reproduit sur un sac à main en 1983, un transfert si littéral qu'il a nécessité des accords formels avec les détenteurs de droits. L'exposition traite ces moments moins comme une appropriation que comme une conversation structurée entre peinture et couture.
Les commissaires soulignent également l'influence inverse : la pensée de la mode et du textile déjà présente dans l'œuvre de Matisse. Le peintre, qui a conçu des costumes pour le ballet et travaillé en étroite collaboration avec la matière et la surface, est montré en train d'expérimenter la couleur comme quelque chose de presque tactile. À un moment donné, il a utilisé un tissu d'un bleu spécifique qui est ensuite apparu dans son tableau « Robe bleue reflétée dans le miroir », lui-même repris des décennies plus tard dans une robe du soir de Saint Laurent de 1981.
Aymeric Jeudy, directeur du musée, décrit l'approche de Matisse pour les découpages comme un acte de « coupe dans la matière », où la couleur devient quelque chose de construit plutôt que d'appliqué. « Il s'agit de trouver la couleur, de la façonner et d'en faire une architecture », a-t-il déclaré. « Une architecture pour la peinture dans le cas de Matisse ; une architecture du vêtement, en mouvement pour Saint Laurent. »
Serena Bucalo-Mussely, co-commissaire de l'exposition, a déclaré que Saint Laurent était revenu constamment à Matisse tout au long de sa carrière, le considérant comme l'une de ces figures qui accompagnent discrètement son processus créatif. Les références, a-t-elle noté, se situent entre citation et transformation, parfois à peine visibles, parfois totalement explicites.
La presse culturelle française et européenne a largement présenté l'exposition comme l'un des moments forts de l'été sur la Côte d'Azur, saluant à la fois son ampleur et son équilibre entre accessibilité et érudition. Les critiques ont souligné sa structure thématique, qui traverse la couleur, la ligne, le mouvement et le corps, le dessin étant présenté comme le fondement commun entre le peintre et le créateur.
L'exposition se poursuit jusqu'à fin septembre, positionnée à Nice comme un ancrage saisonnier pour les visiteurs parcourant le circuit culturel de la Riviera, où l'art, la mode et le tourisme se chevauchent souvent sans frontières claires.